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Le bitcoin est-il une crypto-monnaie révolutionnaire ?

Alors que le cours du bitcoin a atteint des sommets depuis le début d’année, en franchissant le seuil des 1000, puis des 1100 dollars, l’Institut Louis Bachelier a saisi l’occasion pour organiser une conférence intitulée « le bitcoin, futur monnaie unique ? », en partenariat avec le site The Conversation, le 27 février, au palais Brongniart.

Cet événement a réuni un panel de chercheurs et d’experts, qui ont débattu de la genèse, du fonctionnement et surtout de l’avenir de la plus célèbre des crypto-monnaies. Il faut dire que depuis sa création en 2009, le bitcoin suscite à la fois de l’admiration, des fantasmes et beaucoup d’interrogations.

Le bitcoin est un intrus dans le système financier

Inventé par Satoshi Nakamoto, un développeur dont l’identité réelle est inconnue, le bitcoin s’inscrit à l’origine comme une monnaie antisystème, afin de réaliser des transactions sur Internet. Ce moyen de paiement devant servir d’alternative aux monnaies traditionnelles émises par les banques centrales de la planète après la crise économique et financière.

« Le bitcoin attaque à la racine le système financier, qui est basé sur la dette. Il a ouvert une brèche dans ce système oligopolistique. Le bitcoin constitue ainsi une nouveauté radicale », a estimé Jacques Favier, cofondateur de l’association Le Cercle du Coin.

Pour Sébastien Descours, président de l’association Philosophie Action et fondateur du master Ethires : « Le bitcoin et plus globalement la blockchain est représentatif du lien entre humains. Leur valeur représente ce que les gens font ensemble. L’avenir du bitcoin est informationnel. »

La sécurité du bitcoin n’est pas remise en cause

Depuis ses débuts, le bitcoin – qui fonctionne à l’aide de la technologie blockchain – est marqué par une très forte volatilité. Plus récemment, les autorités chinoises ont montré des signes d’inquiétude à l’égard de la monnaie virtuelle en durcissant les contrôles. Néanmoins, le protocole régissant le bitcoin est sécurisé : « Le mining de bitcoin – qui consiste à vérifier les nœuds du réseau pour ouvrir les blocs – est centralisé, car les mineurs travaillent en coopérative. Le fait que le mining soit effectué principalement en Chine ne constitue pas un problème particulier », a affirmé Jérôme de Tichey, consultant blockchain chez EY. Et d’ajouter : « Ce système est un monument de sécurité ».

Le bitcoin favorise l’inclusion financière

S’il est difficile de prédire l’avenir du bitcoin et l’éventuelle démocratisation de son usage dans le monde, certaines tendances se dessinent. « Il existe une dichotomie entre les pays développés et les pays en développement dans l’usage du bitcoin. En Occident, il sert à améliorer l’existant, tandis que dans les autres pays, il permet d’attirer de nouveaux clients, comme aux Philippines», a souligné Pierre Porthaux, président de Blockchain Solutions

Selon Jacques Favier : « Le bitcoin est une monnaie pivot et de réserve dans le cyberespace. Il a la possibilité de jouer un rôle d’étalon. »

Pour Alexis Collomb, professeur de finance au CNAM et chercheur spécialisé dans la blockchain : « Le bitcoin dispose de l’avantage indéniable du premier entrant. En huit ans d’existence, il a certes connu des hauts et des bas, mais le système n’a pas mal tourné. En termes d’inclusion financière, les crypto-monnaies représentent une révolution ».

Un moyen de diversification des portefeuilles

En dépit de sa relative jeunesse, le bitcoin a enregistré des performances positives sur les plateformes dédiées. C’est dans ce contexte que Elise Alfieri, doctorante à l’Université de Grenoble a réalisé une étude pour comparer le bitcoin à d’autres classes d’actifs : « Le bitcoin ressemble à l’or, car il n’est pas contrôlé par l’État, il a une offre limitée et un rôle de valeur refuge comme lors de la crise à Chypre en 2012/2013 ou en Chine en janvier dernier. Toutefois, à la différence de l’or, le bitcoin n’est pas physique et a une offre limitée mais connue. Par ailleurs, le métal jaune est décorrélé du bitcoin. »

Mais alors, à quelle classe d’actifs appartient-il ? « C’est un actif financier qui se rapproche des actions. En effet, l’achat de bitcoin revient à acquérir une part du système et certains fonds se tournent vers lui, avec notamment des ETF qui répliquent sa performance. C’est un moyen efficace de diversifier un portefeuille, car il est décorrélé de toutes les classes d’actifs. Entre 2010 et 2017, le bitcon a dégagé de l’alpha dans toutes les zones géographiques étudiées (Amérique, Asie, Europe), en fonction de modèles classiques appliqués aux actions », a poursuivi Elise Alfieri.

Pour Pierre Porthaux, qui réalise des transactions sur des produits dérivés de bitcoin : « Le bitcoin est très liquide. Il représente une classe d’actifs à part entière ».

Encore loin de pouvoir devenir une monnaie unique à part entière, le bitcoin devrait continuer à faire parler de lui dans les prochaines années, parallèlement au développement grandissant des protocoles liés à la blockchain. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que les régulateurs et les acteurs traditionnels du secteur financier (banques-assurances) s’y intéressent de plus en plus…

 

Retrouvez le podcast de la conférence en écoute