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Finance et “Business as usual” de Nicolas Bouleau

Cahier

Le présent ouvrage s’intéresse à l’impact potentiel des facteurs d’inertie des comportements économiques vis-à-vis des ressources épuisables dans la théorie financière. Il s’agit plus particulièrement d’analyser en quoi cet impact induit des difficultés à enclencher la transition énergétique. L’auteur, Nicolas Bouleau, est mathématicien et spécialiste des marchés financiers. Cet ouvrage s’inscrit dans le cadre des travaux de la chaire Energie et Prospérité.

Ce qui est nouveau dans cette analyse par rapport aux nombreuses et très diverses critiques qui sont faites habituellement à la finance c’est que celle-ci est traitée comme une pratique adossée à une théorie. La pratique est celle du monde bancaire et des acteurs sur les marchés financiers organisés. La théorie est la théorie mathématique de l’arbitrage. Cette théorie est souvent laissée de côté dans les réflexions pour la bonne raison qu’elle est difficile d’accès et que cela coupe le monde des traders qui l’utilisent quotidiennement du monde des décideurs économiques dans les entreprises ou les services de l’Etat où ses conséquences précises ne sont pas comprises. Le niveau mathématique de cette théorie est comparable à celui de la mécanique quantique, elle est enseignée en master 1 ou 2. Comment est-ce possible qu’une telle théorie puisse avoir des conséquences concrètes sur la transition énergétique ?

Pour répondre à cette question il faut comprendre ses liens avec ce qui se passe sur les marchés financiers. La théorie de l’arbitrage décrit d’autant mieux les marchés financiers que la spéculation est plus perfectionnée. Sa structure logique est faite pour cela : elle décrit une situation de cotation où aucun agent ne peut faire un profit sans risque et la finance mathématique est parvenue à tirer beaucoup de choses de cette seule hypothèse. Or incontestablement la spéculation s’est considérablement perfectionnée ces dernières décennies. Elle utilise le trading haute fréquence, des statistiques puissantes sur les séries chronologiques, sur les corrélations des actifs, sur la saisonnalité annuelle et hebdomadaire, elle utilise de l’intelligence artificielle sur les réactions aux informations (stress test, data mining), également des big data sur l’ambiance, des modèles en réseau, des modèles multi-agents, la théorie des jeux, les systèmes dynamiques, les algorithmes d’apprentissage, etc., etc. Des équipes spécialisées opèrent en permanence sur toutes les places financières traquant le moindre arbitrage profitable. Cela donne une importance renouvelée à la théorie de l’arbitrage. Certes celle-ci ne saurait deviner les décisions comme les changements de production décidés par les pays producteurs de pétrole, mais elle est un cadre conceptuel adéquat pour comprendre l’information que les agents peuvent tirer des marchés.

A cet égard Nicolas Bouleau montre le rôle central de la volatilité dans l’effacement des tendances et donc du signal-prix et analyse le fait qu’elle
peut effacer toute information sur la rareté des ressources non renouvelables. Il complète son étude par d’autres aspects davantage liés au marché
des créances et à la titrisation. Son analyse plaide en faveur de la collecte et la diffusion d’informations non financières de qualité sur les données factuelles de rareté et d’épuisement des ressources ainsi que sur les autres indicateurs environnementaux. Des conséquences similaires s’appliquent à tous les biens cotés sur les marchés et notamment les matières premières agricoles alimentaires ou textiles.

Jean Pierre Ponssard et Gaël Giraud, co-directeurs de la chaire Énergie et Prospérité